Jérôme Tomaselli, défenseur de l’art lyonnais – Gazette Drouot (mars 2024)

Publié le 22 mars 2024

Ce collectionneur passionné, entrepreneur et visionnaire a ouvert en 2022 un lieu mixte et atypique, dont la principale mission est de réhabiliter le patrimoine artistique lyonnais.

© Photographie : Véronique Védrenne

La passion de Jérôme Tomaselli pour la peinture en général et pour la peinture lyonnaise en particulier est ancienne. « Quand j’étais adolescent, j’allais très souvent au musée des beaux-arts de Lyon, parce que mon lycée n’était pas très loin, se remémore-t-il. Le premier étage était consacré à la peinture lyonnaise. Je me retrouvais seul à marcher sur un parquet qui craquait, dans la salle des Ravier, des Carrand… jusqu’aux artistes du XXe siècle, où l’on trouvait les Pelloux, les Combet-Descombes. Il y avait de très belles vues des quais de Saône par Grobon aussi. Et puis le temps a passé. Entre-temps, le musée des beaux-arts a remplacé l’étage des Lyonnais et nombre de peintures ont disparu des cimaises. Au début des années 2000, je me suis posé la question de savoir qui étaient ces peintres, se souvient encore Jérôme Tomaselli. Je me suis interrogé sur leur identité et leur histoire ainsi que sur les lieux où l’on pouvait voir leurs œuvres. » Or, il y en avait peu et tous ces artistes étaient fort mal connus, en dehors de quelques marchands et érudits locaux. Leur quête a mené l’amateur à pousser la porte des salles de vente et des marchands spécialisés, plantant du même coup la petite graine de la collectionnite, en croissance exponentielle depuis. « Un jour, j’ai acheté un petit tableau de Louis-Hilaire Carrand et un autre de Louis Appian, se remémore le passionné. C’était à la même vente, un peu avant 2000. »

« Ce que j’appelle peinture lyonnaise, ce sont les productions d’artistes nés à Lyon, qui sont venus y étudier ou qui y ont fait leur carrière (…) Je dois reconnaître un intérêt tout particulier pour Janmot et les frères Auguste, Hippolyte et Paul Flandrin. »

Le collectionneur avoue volontiers l’importance qu’ont eu certains marchands dans l’évolution de son œil et de ses goûts. « J’ai commencé par aller chez Alain Georges, où j’ai eu un coup de passion pour Jean Fusaro d’abord. Et puis j’ai acheté chez Olivier Houg beaucoup de tableaux XXe. Et pour le XVIIsiècle, que je connaissais mal, j’y suis arrivé grâce à Michel Descours. Il y avait et il y a toujours à Lyon un certain nombre de marchands qui connaissent bien la peinture locale, avec lesquels j’ai bâti une relation de confiance sur la durée. Ils m’ont aidé à découvrir des peintres et leur histoire. » « De fil en aiguille, j’ai découvert de nouveaux artistes et différents univers, détaille-t-il. Au départ, j’étais plutôt XXe, et puis progressivement, j’ai commencé à remonter le temps. J’ai trouvé des Carrand, des Ravier, des Vernay de la fin du XIXe siècle. Puis, je me suis intéressé aux troubadours : Fleury Richard, Louis Janmot, Claudius Jacquand… pour ensuite passer au XVIIIe siècle avec Jean Pillement, Jean-Jacques de Boissieux et d’autres, pour finalement me retrouver au XVIIavec Jacques Stella, Thomas Blanchet, Louis Cretey ! Je dois néanmoins reconnaître un intérêt tout particulier pour Janmot et les frères Auguste, Hippolyte et Paul Flandrin. » Il aura fallu en effet que l’amateur se mette à collectionner, qu’il manque de place et qu’il vende une partie de sa société pour que l’idée de présenter sa collection dans un lieu idoine s’impose à lui. Tomaselli Collection a ouvert ses portes en novembre 2022, dans le quartier de Vaise, à Lyon, et présenté déjà quatre expositions successives avec catalogue associé. « J’ai voulu créer un lieu mixte, où l’on peut à la fois exposer des œuvres d’art, mais aussi recevoir les gens, explique son propriétaire. Soit pour des séminaires professionnels, soit pour des soirées conviviales. »

Jean-Baptiste Frénet, Joseph Auguste Brunier et Fleury Épinat

Sa collection compte aujourd’hui quelque 2 500 pièces peintes entre le XVIIsiècle et aujourd’hui. « Ce que j’appelle peinture lyonnaise, ce sont les productions d’artistes nés à Lyon, qui sont venus y étudier ou qui y ont fait leur carrière. Plus que de la capitale des Gaules, il s’agit en réalité de la région lyonnaise au sens large, avec des artistes comme Jean Puy, originaire de Roanne, et qui a ensuite fait carrière à Paris. Certains peintres sont nés et morts à Lyon, mais ont fait une carrière internationale, d’autres à l’inverse sont venus d’ailleurs, comme Adrien Van Der Cabel, un Hollandais qui a passé quelques années à Rome et s’est arrêté à Lyon, s’y est marié et y a fini sa vie. » S’y ajoutent environ 600 dessins et aquarelles, au sujet desquels il admet être « beaucoup plus éclectique que sur la peinture ». Parmi ses acquisitions récentes, une rare Fenaison de Stella au crayon, ainsi qu’une étude de Puvis de Chavannes pour L’Automne, grand tableau conservé au musée des beaux-arts de Lyon. Le collectionneur reconnaît apprécier « la plus grande liberté et la spontanéité » émanant des arts graphiques. Une autre de ses acquisitions récentes est le grand Saint Jean-Baptiste de Louis Janmot, trouvé l’an passé à la Tefaf.



Autre spécificité de la Tomaselli Collection : certaines de ses pièces sont proposées à la vente. Une minorité, certes, mais tout de même. Une évidence pour le Lyonnais à l’ouverture de la collection : « J’ai souhaité me dessaisir d’une partie des plus petits formats afin de pouvoir exposer les monumentaux, sachant que, de toute façon, je ne pourrai pas tout montrer. Cette activité commence à bien fonctionner auprès d’une petite clientèle de fidèles. » De l’année et demie écoulée depuis l’ouverture de Tomaselli Collection, son propriétaire retient surtout les échanges noués avec les visiteurs, anonymes ou historiens de l’art les plus chevronnés. À commencer par Pierre Rosenberg qui lui a affirmé : « Des collections j’en ai vu beaucoup, mais des comme la vôtre, rarement ! » Christophe Leribault et Serge Lemoine sont eux aussi venus, tout comme l’équipe du musée des beaux-arts de Lyon. « La plupart des conservateurs m’avouent être complètement passés à côté de cette peinture. Je leur ai fait découvrir Jean-Baptiste Frénet, Joseph Auguste Brunier ou Fleury Épinat, dont j’ai acheté les carnets de dessins, d’une qualité et d’une précision incroyables. » Quantité de visiteurs anonymes, lyonnais ou de la région en majorité, lui témoignent leur gratitude de (re)découvrir ces artistes et de pouvoir jeter un regard nouveau sur leur ville. C’est particulièrement vrai ces derniers mois, à l’occasion de l’exposition « Lyon et sa région vus par les artistes ». « La mission de Tomaselli Collection est de reconnecter les Lyonnais avec leur histoire et de montrer à tous les amateurs d’art ces œuvres fabuleuses. »

Louis Cretey (avant 1638-après 1702), L’Adoration des bergers, s.d., huile sur toile, 27,5 x 37,5 cm détail.© Tomaselli Collection

Publié le 12 mars 2024 par Armelle Fémelat – Gazette Drouot.

À VENIR
« La modernité à Lyon : 1900 – 1925 », Tomaselli Collection,
22, rue Laure-Diebold, Lyon IXe, tél. : 06 64 40 58 53,
Du 23 avril au 7 septembre 2024